Jean-David Moisan

L'éclaireuse

Dans la clairière, à la lisière du village, un vieil homme est toujours assis à la même place le matin. On dirait un vieux loup de mer. Je le remarque chaque jour sur la piste vers mon école secondaire. Il semble tracer des lignes à terre avec une branche. J'y vais des fois au retour de l'école, mais je ne vois jamais rien de tracé. Tout est toujours effacé.

Ce matin, trop intriguée, je me suis levée plus tôt et j'ai mis ma capuche pour aller lui parler.

— Bonjour monsieur, vous faites quoi assis ici chaque matin?

— Chaque matin? Ma petite chenille, c'est la première fois que je viens ici.

Je ne savais pas quoi répondre. J'aperçois quelques miettes de biscuit par terre. Une colonne de fourmis les charrie déjà.

— J'adore les fourmis! On a vu un documentaire en classe l'autre jour!

— Elles sont drôles, tu trouves pas? Des petites bibittes toutes simples... qui accomplissent pourtant de grandes choses. Au début, une seule patrouilleuse rôdait, mais astheure, toute la colonie est au boulot!

On les admire un instant. Soudain, il agrippe le bâton et le balaie à travers leur chemin. Je recule d'un pas. La file s'éparpille.

Le vieux me dévisage, rassasié. Il me fait un clin d'oeil et s'en va sans se retourner.

Je reste là, immobile, les mains dans les poches.

Je scrute la scène une dernière fois avant de me sauver.